Toujours La Madeleine, écart industriel de Laneuveville-Devant-Nancy, dont l'histoire laborieuse est ancienne, puisque ce site est attesté dans l'antiquité comme ayant été une zone artisanale fort active.
J'étais aujourd'hui en vadrouille dans cet écart industriel de Laneuveville-Devant-Nancy, en plein brouillard, que l'on nomme La Madeleine. Ce coin devient un motif récurent... comme tout ce qui touche à la vie et à la mémoire ouvrière... on est juste au sud de Nancy, sur la route de Saint-Nicolas-de-Port. Le Pays Haut lorrain a ses lettres de noblesses industrielles, à juste titre. Il est le cœur ouvrier de la Lorraine. Mais n'oublions pas les coins plus isolés, moins agglomérés, mais non moins industrieux... hommage à La Madeleine, ce "hameau" qui aujourd'hui encore, vit au rythme, au bruit, aux émanations, aux horaires incessants de la soudière actuellement estampillée Novacarb, chaque jour...
Allez hop, quelques photos de ma ville, j'insiste, parce que je lui dois beaucoup. A elle, non point à ses élites ou dirigeants, quels qu'ils soient, mais à Elle, avec tout ce que ça comporte de "tellurique", comme dirait Mike Hanlon de Derry (personnage auquel je m'identifie volontiers), dans le Ça de Stephen King qui a marqué très fortement mon enfance tardive et ma vision d'une ville où j'ai été gosse...
Sainte-Geneviève, dans le coin de Pont-à-Mousson, village sur sa sympathique colline dominant à l'ouest la vallée de la Moselle et à l'est celle de la Seille. C'est beau! La page web succinte du village annonce que c'est "un authentique village lorrain du pays de Pont-à-Mousson". Les pages web des villages et des villes en général, partout en France, ont souvent cette tendance bizarre à revendiquer presque inconsciemment une originalité qui tient du mythe. Un authetique village lorrain? Mouais, un village lorrain. Authentiquement lorrain par définition puisqu'il n'est pas auvergnat... Bref, Sainte-Geneviève, c'est un endroit que j'aime bien, perché entre deux vallées, et loin à son pied l'A31 qui l'ignore. Faut dire que le concept d'autoroute est un concept d'ignorant, et finalement, c'est pour le bien des coins un peu planqués comme celui-ci. C'est joli comme tout, on peut marcher sur la crête et rejoindre la vallée de la Natagne au bout de la colline, et c'te vallée là, mon enfance lui doit quelques belles heures. Mais à Sainte-Geneviève, y'a comme qui dirait profusion de monuments à vocation religieuse, une profusion assez étonnante pour ce petit village.
Le monument "aux défenseurs du Grand Couronné" reste logique: on s'est battu ici au mois d'août 1914, puis début septembre, sous un bombardement venant de plusieurs directions, et dans des circonstances assez angoissantes pour les combattants. Je note tout de même que, comme au monument aux morts de Bruley, une Jeanne d'Arc -manifestement- s'y tient, et que le second personnage est en plein recueillement. Néanmoins, il me semble que ce monument a été érigé sur une initiative privée.
Mais on trouve un Christ en croix aux alentours immédiats, puis une statue de sainte Geneviève, du moins ça me semble assez probable, et plus loin sur la colline, une vierge! Est-ce un ancien lieu de pèlerinage?
Hier, sortie à Châtel-sur-Moselle, dans ces Vosges qui sont à peine les Vosges, mais sont quand même les Vosges, entre Epinal et Nancy.
Châtel-sur-Moselle, belle et longue visite de ce qui reste de la forteresse des sires de Vaudémont et Neuchâtel (c'est-à-dire très peu, et pourtant tant à voir, on n'imagine qu'avec beaucoup de mal l'étendue qui était celle de ce site assez incroyable!). Pour l'anecdote, la visite a été faite par un vieux monsieur (le président?), "Le colonel je-ne-sais-plus-comment", très très "old school" (encore plus old school que NTM! hu hu!), avec un discours fort tendancieux sur "les Français" (je pense qu'il s'entendrait bien avec les indépendantistes/autonomistes locaux!), mais au demeurant fort agréable et avant tout passionnant. Bien sûr, j'ai eu l'occasion de faire quelques bonds intérieurs quant à quelques-uns des points de vue personnels distillés; mais distillés sans s'en défendre: je préfère de très loin une visite très personnelle avec quelqu'un qui assume son discours, et qui s'assume, quitte à prendre le risque de heurter des visiteurs, qu'un bla bla standardisé, consensuel et lisse fait pour plaire au plus grand nombre, qui pour le coup devient vite insupportable. De plus, sa rigueur historique m'a semblé irréprochable, ce que la standardisation du discours sur les "grands" sites malmène en général. La visite était très longue, mais pour le meilleur: on ne peut raconter une forteresse médiévale dans l'empressement, si on ne laisse pas le temps au temps, en rendant hommage au père Braudel... en voulant aller vite, on se condamne à consommer bêtement du tourisme dit trop généreusement culturel au détriment de la compréhension et de l'immersion, qui apportent tant (et plus)!
Malgré tout, mon bonhomme a aussi insisté sur des points historiques ou plus généraux avec lesquels je suis particulièrement d'accord, hein, faut pas croire!
Au final, une très très chouette visite, vraiment enrichissante! Ce n'était que ma sixième venue sur les lieux, la première fois, je devais avoir 7 ou 8 ans...!
Allez, viens visiter, je sens que t'as déjà envie!
La façade de la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, c'est un peu comme ci, et vachement comme ça. C'est surtout sans recul, parce qu'elle est au milieu de son quartier de toutes petites rues, et ça, franchement, c'est chouette, à cause que je n'aime pas du tout les grands parvis devant les édifices religieux majeurs, qui isolent le bestiau de son tissu urbain historique et c'est moche. D'autant qu'en général c'est prétexte à déco et "animations de rue" douteuses... (comme si on n'était plus assez grands pour l'animer tout seuls, la rue... faudrait pas grand chose, note).
Laconiques comme le communiqué, les nouveaux immeubles s'élèvent peu à peu.
(24 septembre 2009)
Ce week-end c'est le festival Michtô au Grand Sauvoy, à Maxéville, tout ça. Monsieur Pop 9 résume ça bien, avec les liens et tout. Faisez-moi l'plaisir d'y aller sans poser de questions, tas de bougres, sinon je serai très en colère. Merci.
Billet à caractère subjectif. Sur Bruley. Toulois. Sous les côtes. Dans le beau vignoble.
Bruley c'est super joli. Et c'est pas dur à prouver, c'est un village assez classe pour qu'il n'ait pas forcément besoin qu'on l'aide beaucoup!
C'est bien pour ça que je vais parler de ce qui j'y trouve douteux. Ah ah! Douteux mais rigolo.
A Bruley y'a l'église, du XIXe néogothique un chouilla prétentieux, mais sa finesse, son élancement, son emplacement sur une plate-forme dominant la région, en font un édifice remarquable et qu'il fut sympathique de découvrir! Je note que l'ancienne église romane (du XIIe...), dont le chœur a été curieusement conservé, se trouve encore un peu plus haut dans la côte, et se nomme aujourd'hui chapelle saint Martin.. Bref, l'église néogothique en elle-même, qui par son volume impressionnant montre la grande richesse qui a été celle de ce village, je n'ai trop rien à redire. Le site des communautés de communes du toulois indique à propos de l'église qu'elle s’inscrit dans la lignée des églises du Moyen Âge comme la cathédrale et la collégiale Saint-Gengoult de Toul. J'suis vraiment pas convaincu. J'dirais que c'est pas crédible. Mais à côté de l'église, les difficultés commencent: il y a les chapelles du Rosaire.
Mama mia, les chapelles du Rosaire, c'est un genre d'archétype du néogothique lourdaud que personnellement je trouve assez moche. Vraiment. Les ouvertures imitent un peu les motifs circulaires des baies du cloître de la cathédrale de Toul, mais s'en s'élever. au même (haut) niveau. Ces chapelles, qu'on voit bien depuis la vallée, et qui intriguent, me font un peu penser aux décors pseudo-gothiques en carton pâte de certains clips de groupes de black metal à paillettes. Bon, à leur décharge, l'intérieur contient des tableaux en faïence de Toul-Bellevue, assez kitsch... pas black metal, quoi, plus rock catholique à la Glorious (ou les excellents Monsieur D. & Oldelaf, mais là, bon...). Je sais bien que c'est pas gentil de critiquer comme ça sur des choses, d'autant qu'il y aura par la suite un autre billet sur Bruley qui vous en vantera les mérites, car mérites il y a, ô combien! Mais bon, on peut pas toujours être gentil. Surtout face à ça.
Autre chose, devant les chapelles, se trouve un monument aux morts qui m'a interpellé: surmonté d'une unique Jeanne d'Arc (à l'époque, on en foutait un peu partout, à divers escients) décorée de fleurs de lys, sa symbolique m'étonne dans le contexte de l'après-guerre et de renforcement de la République laïque. Autant la Jeanne fut un symbole d'unité républicaine au XIXe, autant après 1918, ce n'est plus si vrai, mais surtout pas si elle est constellée de symboles monarchiques. Bref, l'histoire des symboles, leurs glissements, confiscations et interprétations est passionnante, et l'histoire de cette Jeanne aux morts m'intéresse: si quelqu'un sait et se dévoue...?
Ah, je précise: derrière les chapelles, qui sont à voir, parce que c'est vraiment curieux ces trucs pas très jolis posés là n'importe comment, et que la vue sur la vallée est magnifique, y'a une grotte. Artificielle, la grotte. Avec tout ce que ça implique. C'est une réplique de celle de Lourdes! Ouais, comme j'te l'dis! Là, c'est vraiment laid, à la limite de l'inacceptable... au moins aussi emprunté, prétentieux, pompier et ridicule qu'une chanson de Stanislas...
Mais allez, rassurez-vous, dans un prochain message, je balayerai tout ceci d'un revers de la main pour parler de tout le reste de Bruley, car tout le reste est bon à prendre!
Tiens, allez, hop, une chanson bien ridiculo-kitsch dark et bien outrancière pour aller avec les chapelles du rosaire!
Vauban avait tout de même un sens de la mise en scène épatant, hein? Faut avouer, la cathédrale Saint-Etienne de Toul qui se détache sur le fond de remparts et casernements, ça a de la gueule. Casernements dont les cheminées d'aération se retrouvent presque à l'identique sur la construction avant modernisation du fort de Villey-le-Sec, non loin de Toul. Hasard? Mmmmmh, et si les casernements adossés aux murailles étaient l'œuvre du Raymond Adolphe (Séré de Rivières), dans les années 1870-1880?
Le p'tit détour par les remparts a un fort intérêt... documentaire, visuel, imaginaire...
Comme dirait Kansas of Elsass (c'est mal, chuis lorrain roman, comme on dit, j'devrais pas...), ça tournicote autour des bâtons magiques que forment les deux tours, et la promenade est ponctuée par des vues sur la cathédrale, comme un refrain qui va bien.
D'où qu'on la voie, la cathédrale de Toul est de toutes manières sympathique. On ne peut qu'en redemander...
(photos du 17 octobre 2009)
En passant, la photo du jour de Monsieur Joe est absolument géniale (un peu comme d'hab'...). Je vénère cet homme.
A la basilique de Saint-Nicolas-de-Port, un peu de statuaire de façade.
Je note que ce premier saint Nicolas, inévitable, a tout de même un visage qui fait penser à certains tueurs psychopathes des classiques contemporains du thriller...
Une jolie petite ville au sud de Nancy, qui fait travailler mon imagination, et qui me charme amplement ces derniers jours. Elle sera ma compagne quotidienne pour cet hiver...
Je suis rassuré de m'y sentir bien, parce quand tu vas passer ton hiver dans les bras d'une petite ville que tu connais à peine, il vaut mieux avoir quelques atomes crochus avec elle!
A marcher à la nuit tombante en automne entre le Faubourg des III Maisons à Nancy et Maxéville, on en retire quelques images un peu tristes. Les quartiers qu'on aime ne sont pas toujours riants et ensoleillés. On les aime aussi parce qu'ils peuvent exprimer des choses très différentes, selon le moment du jour, le temps, la saison... mais surtout l'humeur des celui qui prend les photos.
Trop regardé Metropolis, moi... bref, quelques vues de la rampe de VEBE à Nancy, viaduc (dit "Louis Marin") qui permet de traverser la Meurthe vers Malzéville et Saint-Max, et qui démarre ici (enfin, qui démarre... ça dépend du point de vue...) du côté de la rue Sigisbert Adam.
C'est la journée des billets décousus. Mais quand même, le Faubourg des III Maisons, à Nancy (je précise toujours, pour les ceusses de passage), c'est un de ces foutoirs... Les arrêts provisoires assez improbables...
Et la déviation provisoire du bus de ville par la partie haute de la rue du Faubourg des III Maisons, cette grosse baleine maladroite et gauche dans ce tracé aléatoire, et cette circulation des heures de pointe, ça n'arrange rien...
C'est générateur d'un bordel très brouillon... que j'adore! Je dis toujours, y'a un peu de Marseille au Faubourg des III Maisons! Et c'est tant mieux!
Ici, c'est les Vosges, c'est Uzemain. C'est même la Vôge. C'est là que j'ai passé pas de mal de vacances dans mon enfance. Un coin de cambrousse avec des vallons déserts, des ruisseaux fangeux et des coteaux abrupts. Moi, gosse, avec mes cousins et cousines à l'accent appuyé, j'y étais bien. (Mai 2000)
Ici, c'est Château-Voué et un tracteur bleu. C'est la Moselle. C'est un village perché avec des vergers, des quetsches et des cerises au fond du jardin, un beau couloir central, obscur, étriqué, en belles dalles de pierre polissée par des tonnes de pas. C'est une vieille maison lorraine, un village à l'écart des routes, un cimetière balayé par les vents sur un plateau glabre, un poële au salon qui chauffe trop et me fout la crève, une tour médiévale en ruines. Un bon endroit, c'est certain. (Juillet 1999)
Passage au pied des bassins de décantation de Laneuveville-Devant-Nancy, en quittant La Madeleine en longeant le canal. Lieu étrange et lunaire, où seuls règnent les camions de passage, et dont les vues aériennes donnent une sorte de chair de poule fascinée: le lieu et ses couleurs semblent si impossibles! Les bassins de décantations m'intriguent depuis que je suis gosse.
De l'autre côté de l'eau, les maisons ouvrières s'alignent sur fond de soudière, au bord du canal.
Puis, comme je marche depuis déjà un moment, peu avant d'arriver sur le centre de Laneuveville, le crépuscule vient, assez en harmonie avec l'ambiance industrielle précédente...
Par contre, pour les photos, ça devient dur... je range l'appareil pour ce jour!
Mais on cause, on cause, et l'air de rien, on marche, on marche, et on arrive à La Madeleine. Et à La Madeleine, y'a les vieilles maisons ouvrières hantées par de vieilles dames sans âge, et juste en face, de l'autre côté du muret, la soudière.
Vue comme ça, la soudière, on dirait un géant figé et immobile. Pas du tout. C'est actif. Ça bouge. Ça fait même un barouf du tonnerre de dieu. C'est imaginer ces gens qui vivent à moins de cinquante mètres de son enceinte avec ce bruit permanent qui me laisse songeur.
Passé le point culminant de cette jolie hauteur, c'est la descente, douce, vers La Madeleine, l'écart industriel de Laneuveville-Devant-Nancy. Avec toujours, et de plus en plus, la vue sur la soudière Novacarb... et Nancy au loin.
En continuant le chemin (cf. hier), on tombe sur cette grosse cuve, à proximité, je suppose, d'un sondage salin. Une longue canalisation file droit vers la soudière.
Et là, y'a un dépôt/exploitation/carrière de je ne sais pas trop quoi (mon ignorance ne me perdra pas) qui donne des couleurs sensationnelles avec le ciel un peu cabotin.
Ça me rappelle un peu les décors dans lesquels combattait ce bon vieux brave et intrépide X-OR.
Et puis, en se retournant, tu vas pas me croire, y'a des bandes de Saint-Nicolas-de-Port:
Et des bandes de Nancy.
On se retrouve, pour ainsi dire, en équilibre entre les deux...
Y'a longtemps, j'étais rentré du boulot à pied. Belleville-Nancy. C'était cool. Un peu bordélique, à cause de foutu autoroute, et globalement à cause du règne sans partage de la voiture dans cette vallée de la Moselle. Là, je sortais d'un entretien sur Saint-Nicolas-de-Port, et comme j'étais content, je suis rentré à pinces aussi vers mon quartier de Nancy-Nord, réitérant à une bien plus petite échelle la marche de "tous les chemins mènent à Nancy -si c'est là que tu vas". Parce que j'avais repéré un chemin qui coupait sur les hauts de Saint-Nicolas et semblait retomber à La Madeleine, au niveau de la fascinante usine Nova carb. Allez hop, me voici en piste, et la bonne surprise fut que, de porte à porte, contrairement au calvaire instructif de la marche depuis Belleville, sur quinze kilomètres, j'ai emprunté deux rues, dont une déserte dans La Madeleine... parfait!
C'est dommage, la lumière était retombée, mais dans les mois à venir j'aurai largement l'occasion de perfectionner cette vue de Nancy au loin, avec la Novacarb à droite, depuis les hauteurs de Saint-Nicolas-de-Port.
Je me suis donc engagé sur le chemin. Sachant qu'il y avait des carrières ou quelques chose dans ce genre, sans compter maints sondages salins aux alentours, je me suis inquiété vaguement du panneau anonçant "propriété privée", mais qui m'avait l'air bien vieillot. N'ayant pas envie de me retrouver nez à nez avec un monstre mécanique convoyant sa marchandise alors que je voulais une petite marche tranquille, j'ai avisé au bout du lotissement voisin un gars et lui ai demandé confirmation... un gars à la peau tannée, tignasse cradingue d'une journée de boulot, retirant et lavant ses bottes à l'entrée de sa coquette maison. Le genre de gars qui sait des trucs utiles, contrairement, et je m'apprête à faire une généralisation abusive et arbitraire comme je les affectionne, aux gaillards qui rentrent dans leur maison coquette sans avoir besoin de retirer leurs bottes, puisqu'ils portent des jolies chaussures de ville, un costard, et un attaché-case: ceux-ci en général ne savent que des choses inutiles, parfois bien malgré eux. Je les enjoins à jeter leurs frusques absconces et à mettre des bottes. Revenons à mon gars qui lave ses bottes. Demander mon chemin à des gens du jus, c'est quelque chose que j'aime. J'me dis toujours qu'ils me font en un sens comme une faveur en me répondant et en m'indiquant les choses qu'ils connaissent. Même qu'une fois dans la Meuse, un camarade a demandé son chemin et a failli se faire bouffer par le chien que le gars menaçait de lâcher sur lui s'il ne passait pas son chemin: certes, ça ne marche pas à tous les coups. Bref, moi mon gars il était fin bien, il a rit quand je lui ai parlé du chemin. "Propriété privée? Mais y'a pas un camion qui passe là, tout le monde, moi je promène mon chien tous les jours, j'ai jamais vu un camion. Tu vas tout droit tout le temps, et tu tomberas sur la Novacarb à La Madeleine. Mais euh... tu rentres à Nancy, tu dis? A pied?". Bah ouais, que je lui dis! Ah bon... alors bonne marche, qu'y m'dit en souriant.
Le chemin, il commence à sentir bon l'automne, et les prairies sur la gauche me font penser un peu à certains coins de la Normandie du côté de Gacé, et un peu aussi à la vallée de Chevreuse du côté de Lévis-Saint-Nom. Surtout, il y a en plus des haies qui encadrent le chemin, de beaux alignements de hauts arbres séparant les terrains, et pompant l'eau superflue dans certains creux. Ces chères et importantes haies démembrées quand remembrées. Joyeux, marchant d'un bon pas, j'envisage en pensée de pendre les reponsables.
J'ai beaucoup aimé ce qui se passe à un moment, quand on marche là. Avant d'arriver sur le point culminant des hauts entre Saint-Nicolas et Laneuveville-Devant-Nancy, la cheminée principale de la soudière apparaît en plein dans l'axe du chemin. Etonnante.
Moi j'ai adoré ça, parce que ça représente à mon sens le visage de La Lorraine, qui n'est plus le même selon le profil, selon léclairage. La Lorraine c'est un petit chemin de campagne brusquement surmonté d'une cheminée d'usine. Et une cheminée d'usine qui disparaît vite derrière la première forêt venue. Y'en des qui disent la Lorraine c'est gris et plein d'usines pourries. D'autres qui disent que non, que c'est vert et plein de forêts profondes. Bah c'est les deux en fait. Et beaucoup, dans les deux cas.
La suite demain soir, si je reviens pas trop tard, parce que je serai dans de la vadrouille toute la journée!